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Mobilisation lycéenne en France : radiographie des cortèges et blocages région par région

Lycéens rassemblés devant l’entrée d’un lycée bloquée par des poubelles et des palettes

En partant de l’Île-de-France le 17 septembre, la mobilisation lycéenne a essaimé sur tout le pays en moins de quinze jours : le 1er octobre, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 1 027 établissements touchés sur un total d’environ 3 700. Au terme de plus d’un mois de fermetures, de manifestations et de troubles, les organisations lycéennes sont reçues ce lundi 26 octobre à Matignon, où l’exécutif doit dévoiler ses premières mesures. Voici comment la protestation s’est étendue dans les régions, responsables des bâtiments des lycées, ainsi que les attentes de chaque camp pour cette semaine cruciale.

Une initiative née dans un établissement du Val-de-Marne

L’histoire débute au lycée Saint-Exupéry, situé à Créteil, préfecture du Val-de-Marne. Une grève du corps enseignant y éclate, pointant l’insuffisance des ressources et les postes vacants. Les lycéens s’emparent du mouvement par des blocus. La mobilisation gagne ensuite d’autres lycées de la banlieue parisienne, puis s’étend aux principales agglomérations de province.

La propagation s’accélère. Le vendredi 2 octobre, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, mentionnait encore environ 735 établissements perturbés, soit 30 % de moins que la veille selon ses dires. Le dimanche suivant, il prévenait que les cours seraient interrompus, en totalité ou en partie, le lundi 5 octobre dans 400 à 500 lycées faute de conditions de sécurité satisfaisantes.

Le 6 octobre, troisième jour majeur de la contestation, le ministère de l’Intérieur a recensé 256 000 manifestants en France, dont 56 000 à Paris. Les syndicats lycéens et étudiants affirmaient quant à eux 450 000 participants, soit 100 000 dans la capitale. Cette différence de décompte, courante, ne diminue pas le caractère exceptionnel d’un mouvement soutenu par des élèves majoritairement mineurs.

Île-de-France : plus d’un tiers des lycées publics fermés

La région capitale demeure le foyer principal de l’agitation. Le 4 octobre, Valérie Pécresse, à la tête de la région Île-de-France, a indiqué que plus de 160 établissements seraient fermés le lendemain, soit plus d’un tiers des 468 lycées publics de la région. Elle a décrit ces troubles comme des "émeutes urbaines".

La facture matérielle pèse directement sur les collectivités, car la construction, la rénovation et l’entretien des lycées incombent aux conseils régionaux. Le 2 octobre, Valérie Pécresse évaluait à 7 millions d’euros les dégâts déjà subis par les établissements franciliens.

Les premiers blocus se sont concentrés en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, où des élèves ont dénoncé un sentiment d’abandon et d’inégalité face aux établissements mieux dotés des centres-villes. Là, effectifs pléthoriques, professeurs absents jamais remplacés et bâtiments délabrés sont devenus les slogans phares de l’ensemble du mouvement.

Auvergne-Rhône-Alpes : le coût le plus élevé annoncé

Dans le Rhône, la préfecture a comptabilisé 41 établissements touchés par les protestations le seul jeudi 1er octobre, avec 38 interpellations et 15 blessés. En début de matinée, un feu s’est déclaré devant le lycée Lumière, boulevard des États-Unis à Lyon, embrasant la façade avant l’arrivée des pompiers.

Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a estimé le 2 octobre les dégâts entre 25 et 30 millions d’euros. Ce montant global couvre aussi les abords des établissements et les véhicules endommagés. La région compte plus de 300 lycées.

Le 8 octobre, le ministère de l’Intérieur a signalé de graves violences dans la Loire : à Saint-Étienne, plusieurs dizaines de personnes ont pénétré dans un lycée et saccagé la cantine. À Saint-Chamond, un mortier d’artifice a brûlé au visage un proviseur adjoint. Le 13 octobre, des centaines de lycéens manifestaient encore devant le lycée Monge à Chambéry pour exiger plus de moyens.

Bretagne et Grand Est : une mobilisation qui ne faiblit pas

En région Grand Est, le président Franck Leroy a évoqué un coût avoisinant le million d’euros dès le début du mois, entre portes de lycées brisées, tentatives d’effraction dans les loges des gardiens et façades endommagées. À Strasbourg, dans le Bas-Rhin, une voiture de police a été incendiée le 8 octobre, puis des affrontements ont opposé des jeunes aux forces de l’ordre le 15 octobre près du lycée Couffignal.

En Bretagne, Rennes demeure un foyer de mobilisation particulièrement constant. Le 15 octobre, plusieurs lycées restaient bloqués, notamment l’établissement Émile-Zola situé en centre-ville, tandis que la préfecture d’Ille-et-Vilaine recensait 1 400 participants au sein du cortège. Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs relevé des intrusions violentes dans un établissement de Lorient.

Du Sud-Ouest à la Méditerranée : série d’incidents et de blocages

Le 1er octobre, près de 600 manifestants issus de différents lycées se sont rassemblés à Aix-en-Provence, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette mobilisation s’est achevée avec une dizaine d’interpellations. À Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, les rassemblements devant les lycées ont entraîné plusieurs interpellations, et une lycéenne a été blessée.

En Occitanie, le ministère de l’Intérieur a communiqué le 8 octobre qu’un proviseur avait été frappé par un manifestant adulte à Toulouse. En Nouvelle-Aquitaine, des professeurs ont été touchés par des tirs de mortiers à Bayonne, tandis qu’un établissement de Lormont, en Gironde, a subi des intrusions violentes. C’est dans ce département, à Gradignan, que le ministre de l’Éducation nationale s’est rendu le 15 octobre pour faire le point sur les remplacements.

À Lens, dans les Hauts-de-France, un jeune homme a eu la main arrachée. Après ce drame, le directeur général de la Police nationale a suspendu l’usage des grenades assourdissantes lors des mobilisations lycéennes, le temps de l’enquête.

Un bilan judiciaire et humain inédit

Lors de son passage au Sénat le 14 octobre, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a chiffré les victimes depuis le lancement de la contestation : 937 policiers et gendarmes, avec 40 durant la journée du 13 octobre uniquement, mais également 149 agents du ministère de l’Éducation et 248 élèves.

Ce même jour, le ministère de la Justice a indiqué que près de 8 000 personnes avaient été placées en garde à vue depuis le début de la mobilisation. Parmi elles, 2 735 ont fait l’objet de poursuites et 26 ont été placées en détention provisoire, dont neuf mineurs. Ces données, d’une ampleur inhabituelle pour un mouvement lycéen, alimentent le débat sur la réponse policière aux blocages.

Ce que réclament les lycéens

Si les demandes diffèrent selon les établissements, un socle commun émerge : remplacer enfin les enseignants absents, réduire les effectifs, alléger les emplois du temps et rénover les locaux. Parcoursup focalise également la colère, une partie du mouvement exigeant sa suppression pure et simple.

Les organisations lycéennes chiffrent leurs attentes. Pierre Sourzat, président de l’association Les Lycéens !, réclame toujours une enveloppe de 10 milliards d’euros, tout en admettant que tout ne pourra pas être obtenu. Il insiste surtout pour que les mesures retenues soient traduites dans un texte réglementaire ou législatif, assorti d’un calendrier.

Les mesures gouvernementales et la contribution des régions

Le 4 octobre, Sébastien Lecornu a transmis à ses ministres un plan de cinq chantiers. Le premier assure la continuité pédagogique, en accordant un traitement prioritaire aux absences prolongées et aux postes vacants au sein de chaque académie. Le deuxième porte sur les bâtiments, relevant des régions : les priorités de rénovation doivent être examinées conjointement avec les conseils régionaux, afin de démarrer les travaux d’ici à l’été 2027.

Le 8 octobre, Édouard Geffray a dévoilé le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants vers les établissements fragilisés. Un dispositif ministériel fraîchement mis en place avait alors repéré 114 lycées "rouges" et 400 "oranges" en fonction de la gravité de leur déficit d’enseignants. Le 15 octobre, le ministre précisait que seuls 47 lycées demeuraient classés rouges, visant l’objectif de n’en plus dénombrer aucun à la rentrée suivant les congés de la Toussaint.

Le chef de l’État s’est lui aussi exprimé. Les associations lycéennes, accueillies à l’Élysée le 23 octobre, ont arraché à Emmanuel Macron l’engagement d’une "refonte" de Parcoursup, tout en maintenant leur appel à la mobilisation.

Les enjeux de la semaine

Ce lundi 26 octobre, Sébastien Lecornu reçoit les organisations lycéennes à 14 h 30. Une heure après, Édouard Geffray doit tenir une réunion en visio avec les syndicats d’enseignants, avant des annonces prévues à la fin de la journée concernant Parcoursup, le remplacement du corps enseignant et le budget 2027. Certaines mesures pourraient passer par des amendements au projet de loi de finances.

Les syndicats, déçus par leurs dernières rencontres avec le gouvernement, appellent déjà à une grande mobilisation le 5 novembre. Le retour en classe après les vacances de la Toussaint, dont les dates figurent dans notre calendrier des vacances scolaires, dira si les annonces du jour suffisent à apaiser les lycées ou si la contestation repart dans les régions.